Le sexe, source d’épanouissement ?

Le Dr Kamara Souleymane, 62 ans, médecin depuis une trentaine d’années, est omnipraticien – urgentiste, anesthésiste-réanimateur et, depuis 2013, sexologue. Il partage avec nous sa vision de la sexualité. Si par « épanouissement » on entend le sentiment de se réaliser pleinement, de progresser jusqu’à atteindre les objectifs que l’on s’est soi-même fixés, alors oui, le sexe en est sans aucun doute une des sources.

Questions de genres Pour un homme, autant que pour une femme, la satisfaction sexuelle est un facteur éminemment important de la qualité de vie. A la différence près que chez l’homme, la sexualité revêt une dimension existentielle ; fortement entravée, en cas d’éjaculation prématurée ou de dysfonction érectile par exemple, elle lui pose un véritable problème d’identité, altérant jusqu’à son équilibre social et professionnel. Dès lors, gare à la dépression !

En France, par exemple, 7 à 19 % des hommes de moins de 50 ans souffrent de dysfonction érectile – terme qui remplace la dénomination « impuissance sexuelle », trop négativement connotée – tandis qu’ils sont plus de 49 %, au-delà de 50 ans à connaître, à tout le moins, une panne. Or cette pathologie peut être le symptôme d’une maladie endothéliale*. Le grand philosophe grec Aristote en avait l’intuition, lui qui disait : « la verge et le cœur sont des organes qui remuent d’eux-mêmes ».

La femme, quant à elle, outre sa vie affective, gère également sa carrière professionnelle, ses activités sociales, ses contraintes domestiques… Sans oublier les diktats physiques auxquels elle est généralement plus soumise que l’homme (beauté, minceur, jeunesse…). Des facteurs qu’elle doit hiérarchiser au quotidien. Si bien que sa sexualité peut en faire les frais. Néanmoins, lorsque cette sexualité est totalement assumée, elle s’inscrit dans la perspective d’une altérité symbiotique où les âmes se rejoignent au point de se confondre, le « moi » et le « toi » s’estompant pour n’être plus qu’un. Ce qui a fait dire à la psychanalyste française Françoise Dolto : « La sexualité peut être femelle, la libido ça ne peut être que féminin ».

Du droit de jouir « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. La santé sexuelle a besoin d’une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, elle entend la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui apportent du plaisir en toute sécurité et sans contraintes, discrimination ou violence. Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés ». Cette déclaration de l’OMS en 2002 inscrit les droits sexuels au rang des droits universels fondamentaux humains. Ainsi toute personne devrait pouvoir, si elle le souhaite : accéder aux services médicaux spécialisés en sexologie et en reproduction ; demander, obtenir et transmettre des informations en rapport avec la sexualité ; bénéficier d’une éducation sexuelle ; choisir son partenaire ; décider d’avoir une vie sexuelle active ou non ; contracter une union maritale consensuelle ; avoir ou de ne pas avoir d’enfants…

Autant de droits non cessibles dont l’exercice responsable exige de tout un chacun qu’il respecte ceux des autres.

L’irrémédiable quête du plaisir Rarement abordée par les professionnels de la santé, la sexualité l’est encore moins par les patients eux-mêmes. Cependant, au terme d’une consultation médicale, lorsque le praticien repère une forte présomption de trouble sexuel, il propose au patient de le revoir pour en discuter. En général, le concerné répond plutôt favorablement, infiniment soulagé semble-t-il de pouvoir enfin se délester d’une souffrance intime. C’est dire si la satisfaction d’un besoin aussi primaire que la sexualité est nécessaire au bien-être et à l’accomplissement personnel. L’adage n’affirme-t-il pas : « Il est certain que le meilleur dans la religion, l’art et la vie vient de l’irradiation progressive de l’instinct sexuel » ? Le poète Jules Laforgue, lui, écrivait plus prosaïquement : « Dans les jardins de nos instincts, allons cueillir de quoi guérir ».

Convenez-en, c’est tellement agréable de jouir !

*En rapport avec l’endothélium, la membrane qui tapisse la paroi interne des vaisseaux sanguins et lymphatiques, des cavités du cœur et d’autres organes creux.