Assita Kanko, la révolte pour armure

Militante du droit des femmes installée en Belgique, Assita Kanko n’a jamais oublié son pays, le Burkina Faso, qui vient de connaître de dures épreuves. Portrait d’une battante assoiffée de liberté et de justice.

Assita Kanko, 35 ans, s’est construite à la force du poignet. Conseillère communale à Bruxelles, où elle vit depuis 2004, cette belgo-burkinabè a pris tôt le chemin de l’engagement. En 1998 l’assassinat du journaliste Norbert Zongo la mobilise. Elle n’a que dix-huit ans et devient « la fille du collectif » qui demande justice pour l’homme de presse. Elle prend alors conscience des idéaux portés par Thomas Sankara. La jeune femme, qui n’a pas froid aux yeux, n’hésite pas à appeler Blaise Compaoré à « changer de métier ». Aussi, en octobre 2014, lorsque celui-ci est chassé après vingt-sept ans de pouvoir, elle y voit « l’aboutissement d’une lutte très longue. »

Femme en colère Suite au coup d’Etat du 16 septembre dernier – qui s’est soldé par l’arrestation des putschistes –, Assita est si émue qu’elle n’en ferme pas l’œil de la nuit : « Des gens que je ne connaissais même pas m’ont envoyé des messages sur les réseaux sociaux pour me tenir au courant de l’évolution de la situation. Ça m’a touchée. »

Très vite cependant, la colère a pris le pas sur l’émotion. « On ne peut pas accepter que quelques personnes prennent en otage toute la population, s’indigne Assita. Je n’ai pas le sentiment que le monde se soit suffisamment mobilisé pour l’Afrique et le Burkina Faso. On ne doit pas oublier nos morts. Il y a eu une dizaine de morts et une centaines de blessés. J’ai marché contre le terrorisme où qu’il soit. Après l’attentat de Charlie Hebdo, j’ai manifesté, rédigé des lettres ouvertes. J’ai également tweeté lors des tueries de Garissa et de Boko Haram au Nigeria. Tous les humains sont épris de justice et de liberté. »

Construire l’avenir Aux yeux de notre pasionaria, la révolution burkinabé, menée en à peine quelques jours, sans effusion de sang, est un exemple pour le continent. Sa voix en tremble de fierté : « Les femmes étaient dans la rue avec leurs spatules. Ce sont des symboles très importants. On a vu des jeunes aller devant les armes sans rien, avec juste de l’espoir et des idées. Le Burkina Faso est condamné à réussir. Et s’il réussit, cela va envoyer un signal très fort à toute l’Afrique ! » 

Si sa vie est désormais en Belgique, Assita n’est pas près d’oublier d’où elle vient. Son rêve pour son pays ? « Créer une entreprise géante. Même si la politique est utile, ce sont les entreprises qui changent le monde. Pas l’assistanat. Encore moins les discours. Quand je vois des jeunes de 25 ans qui ont des projets d’avenir et ne savent pas quoi faire parce qu’ils sont bloqués par le système, j’ai envie de lancer un appel : N’aidez pas le Burkina ! Investissez au Burkina ! »

Par Julien Legros