L’ylang-ylang, un fleur qui vaut de l’or

Aux Comores, petit Etat musulman de l’océan Indien secoué par vingt coups d’Etat ou tentatives depuis son indépendance en 1975, l’ylang-ylang est une source de devises indispensable à l’économie locale, au même titre que la vanille et le girofle.

Originaire des Philippines et introduite à La Réunion par les Français au XVIIIe siècle, puis aux Comores et à Madagascar au début du XXe, cette plante a permis une petite révolution en parfumerie. En 1921, quand Ernest Beaux crée le N°5, Gabrielle Chanel lui demande en effet un parfum « qui sente la femme », pas la rose, ni le muguet. L’ylang-ylang – qui signifie « fleur des fleurs » aux Philippines – va permettre de créer une senteur abstraite, une fragrance de fleur mais non identifiable. Depuis, la maison Chanel et d’autres grands parfumeurs sont des clients importants de l’archipel.

Chaque année, les Comores produisent entre 30 et 40 tonnes d’huile essentielle de la précieuse fleur jaune. « Sur le marché, un bidon de 30 litres vaut plusieurs milliers d’euros, c’est de l’or en barre », affirme Monsieur Gérard qui supervise la plantation Humblot, du nom du naturaliste français Léon Humblot, « le grand sultan blanc », venu aux Comores au XIXe siècle à la recherche d’orchidées rares.

En 2013 et 2014, l’ylang ylang a rapporté à l’archipel 1,5 million d’euros, soit 11 % des recettes réalisées à l’exportation. Une source potentielle de revenus et de devises que les autorités devraient préserver en réorganisant la filière de production. Pour apporter sa contribution, le parfumeur de la rue de Cambon s’ y engage en incitant ses fournisseurs à planter des pépinières pour remplacer le bois de chauffe.